- Page d'accueil
- Contactez-nous
- Visas et Immigration
- Préparez votre voyage
- Les services disponibles pour les Australiens
- Faire des affaires avec l'Australie
- Les études en Australie
- Service culturel
- Evénements australiens en France
- Service de presse et d'information
- Informations générales sur l'Australie
- Délégation auprès de l'UNESCO
- La relation entre l'Australie et la France
- Consulat australien, Nouméa
- English
PRESENTATION
PAR S.E. PENELOPE WENSLEY AO
AMBASSADEUR D’AUSTRALIE EN FRANCE
FORUM DU FUTUR
Mercredi 28 novembre
8h30
Hôtel Hyatt, Paris
Monsieur le Président,
Excellences,
Honorables invités,
Mesdames et Messieurs,
Je vous remercie de m’avoir invitée à m’adresser à vous aujourd’hui. Depuis le début de ma mission en France début 2005, j’ai régulièrement assisté à des réunions de ce groupe prestigieux, et je suis très heureuse d’avoir l’occasion de vous parler de l’Australie ce matin.
Le calendrier est relativement opportun puisque, et c’est assez inhabituel, l’Australie apparaît dans les médias français et internationaux, non pas dans les pages sportives ou voyages de la presse comme c’est souvent le cas, mais dans les sections politiques et économiques…car des élections nationales ont eu lieu samedi dernier, et qu’il y a eu un changement de gouvernement dans notre pays. Le Premier ministre élu, Kevin Rudd, chef de file du Parti travailliste (Labor Party), devrait annoncer la composition de son gouvernement demain.
M. Rudd (que je connais personnellement) vient du Queensland (mon Etat d’origine, dans le Nord-Est de l’Australie). Il est jeune (50 ans), c’est un ancien diplomate (il a été en poste en Europe [Stockholm] et en Asie [Pékin]), et il est marié avec une brillante femme d’affaires (Therese Rein, dont la société, Ingeus, est très présente en France). M. Rudd est à la tête du Parti travailliste depuis moins d’un an, et ne siège au Parlement que depuis 1998. Avant de prendre les rênes de son parti, il a été Ministre « fantôme » des Affaires étrangères. Il parle mandarin, une première pour un dirigeant occidental. Il a remporté les élections avec une large majorité (une avance de 6 %, avec 53 % du vote populaire contre 47 % pour la coalition sortante, et un gain de plus de 20 sièges), ce qui, en un sens, est inhabituel, car l’Australie bénéficie d’une prospérité et d’une stabilité considérables et, dans de telles circonstances, les électeurs australiens n’ont jamais voté contre le gouvernement en place.
C’est peut-être justement la très bonne santé de l’Australie, la force de son économie, sa position aux premières loges de l’Asie qui lui permet de profiter du soi-disant « Siècle du Pacifique », qui ont donné à l’électorat australien la confiance pour changer.
Je vous propose de concentrer mes remarques d’aujourd’hui sur cette économie forte, sur notre place dans la région Asie-Pacifique, pour transmettre un peu de la confiance et de l’assurance qui caractérisent l’Australie contemporaine et nous aident à définir notre vision et de nos engagements internationaux.
Premièrement, l’économie.
L’économie australienne est l’une des économies les plus fortes et les plus performantes du monde. Nous sommes invariablement classés parmi les économies les plus compétitives et les plus solides de la planète. Nous sommes au quatrième rang mondial en termes de compétitivité (et aussi quatrième pour la disponibilité de main d’œuvre qualifiée en finance, comptabilité et management). Nous sommes parmi les sept premiers pays du monde en termes de disponibilité de main d’œuvre qualifiée. Nous sommes dans notre 17e année de croissance soutenue, avec une croissance annuelle du PIB de 3,6 % en moyenne au cours des dix dernières années, soit mieux que la plupart des autres pays de l’OCDE, y compris le Canada, le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Japon ; nous avons épongé la dette publique, notre taux d’inflation est faible (2,6% par an au cours de la décennie passée), tout comme celui du chômage, qui était de 5,1 % fin 2005. La croissance économique a créé 1,7 millions d’emplois nouveaux ces dix dernières années. Les salaires ont augmenté de 16,8 % en termes réels sur la même période. Bien qu’une partie de notre prospérité provienne de nos ressources minérales et de notre capacité à nourrir des marchés qui ont vu leur consommation exploser, comme la Chine, le Japon ou la République de Corée (le soi-disant « boom tranquille »), notre capacité à profiter de ces marchés se base sur des forces plus essentielles : une réforme économique/structurelle sur vingt ans qui a transformé l’économie australienne ; une économie très ouverte, l’une des plus ouvertes de la planète, avec les barrières commerciales les plus faibles ; une main d’œuvre formée au plus haut niveau et flexible ; des technologies complexes ; une société innovante, classée au deuxième rang mondial en termes d’empressement pour les nouvelles technologies (derrière les Etats-Unis) ; les taux australiens de pénétration pour les ordinateurs personnels, l’accès à Internet, les téléphones portables, et le commerce électronique sont parmi les plus élevés du monde, et nous sommes parmi les cinq premières nations en termes de dépenses pour les technologies d’information et de communication par rapport au PIB. Nous avons accueilli la mondialisation à bras ouverts et diversifié notre économie pour en garantir la compétitivité. Même si les minéraux et l’agriculture restent importants, nous avons transformé notre économie, doublant nos STMs (simply transformed manufactures, ou produits industriels à transformation simple) ces 15 dernières années, et triplant nos ETMs (elaborately transformed manufactures, ou produits industriels à transformation complexe) au cours de la même période. La croissance et la diversification du secteur industriel australien se sont produites en même temps que la réduction des niveaux de nos tarifs douaniers. Le taux réel d’aide à l’industrie est passé d’environ 22 % au milieu des années 80 à environ 5 %. Le secteur tertiaire représente désormais la plus grande partie de l’économie australienne, soit 71 % de notre PIB. Il emploie 1 travailleur australien sur 5. Les exportations de services constituent environ un cinquième du total de nos exportations, et ont connu une hausse de 68 % ces dix dernières années.
Le deuxième point important que je voudrais aborder est notre place dans la région Asie-Pacifique.
De nombreux Anglophones disent que l’Australie est « le pays down under ». Ici, en France, j’en ai entendu, à plusieurs reprises, quelques personnes nous décrire comme « le bout du monde ». Nos contacts français, en particulier les politiciens que je tente de persuader de visiter mon pays, s’exclament invariablement que c’est trop loin, qu’y aller prend trop de temps. Ils ont l’air horrifiés à l’idée de voyager pendant une vingtaine d’heures pour rencontrer leurs homologues. Il est bien plus facile de rester en Europe et dans l’hémisphère Nord, et de faire venir ceux de l’hémisphère Sud à eux ! C’est selon moi une vision curieusement étroite, en décalage avec les réalités géostratégiques. La France a bien sûr des intérêts dans le Pacifique où elle est présente, elle reconnaît l’importance de la Chine (comme le montre la visite, tôt dans son mandat, du Président Sarkozy) et s’intéresse de plus en plus à l’Inde. Mais l’intérêt pour la région Asie-Pacifique dans son ensemble reste insuffisant, et que dire du manque d’intérêt et de connaissances concernant les liens entre l’Australie et l’Asie, qui sont profonds et anciens.
Je me suis entretenue la semaine dernière avec un Ministre français pour, à sa demande, discuter des politiques publiques. Il m’a dit s’être rendu en Australie l’an dernier en vacances, avec sa famille. Deux choses l’ont fortement frappé : l’efficacité (et la sympathie) des Australiens, ainsi que le sentiment, le fait que nous faisons partie de l’Asie. Pas un pays asiatique en soi (ceci est un vieux débat dépassé et réservé aux universitaires, qu’ont abandonné depuis longtemps les Australiens), mais un pays activement, inconsciemment, naturellement lié à l’Asie.
Ce sentiment peut s’expliquer par les décennies d’immigration depuis la Chine, Taiwan, le Vietnam, le sous-continent indien ; par l’enseignement des langues asiatiques dans nos écoles et nos universités depuis des dizaines d’années (bien que l’anglais soit la langue officielle en l’Australie, plus de 4,1 millions d’Australiens parlent une deuxième langue, et plus de 3 millions d’Australiens parlent une langue autre que l’anglais chez eux. L’Australie possède un plus grand éventail de qualifications linguistiques que tout autre pays en Asie ou dans le Pacifique). Cela vient aussi du développement résolu et constant de nos relations politiques, économiques et culturelles avec de grands pays asiatiques tels que l’Indonésie, le Japon, la Chine et la République de Corée, avec nos voisins et collègues de l’ASEAN, ou encore avec des organisations régionales. L’APEC (organe de Coopération économique Asie-Pacifique), fondé en 1989 a joué un rôle de grande importance à cet égard. Les économies de l’APEC représentent un marché équivalent à presque 60 % du revenu mondial. Près des trois-quarts de nos exportations de biens sont destinés à des pays de l’APEC. Dernièrement, la priorité a été de créer un réseau d’accords de libre-échange. L’Australie a conclu de tels accords dans la région avec la Nouvelle-Zélande en 1983, avec Singapour en 2003, avec la Thaïlande et les Etats-Unis en 2005. D’autres sont en cours de négociation avec la Chine, le Japon, la Malaisie, le Conseil de coopération du Golfe, le Chili et l’ASEAN. Nous avons également entrepris des études de faisabilité sur des accords de libre-échange bilatéraux avec l’Inde, la République de Corée et l’Indonésie.
Pardonnez-moi de m’être tant étendue sur les questions d’économie et de commerce. Je sais que ce groupe est plus particulièrement intéressé par la politique étrangère, mais, pour l’Australie, les deux sont inextricablement liés (dans la pratique et dans la politique ; il s’avère par exemple que je travaille pour le Ministère des Affaires étrangères et du Commerce extérieur). Celle-ci n’a pas joué un grand rôle dans les élections australiennes. Les questions au centre des préoccupations étaient d’ordre national : enseignement, santé, relations industrielles et environnement. La politique extérieure de l’Australie fait généralement l’unanimité, et il n’y a que très peu de différences entre les deux principaux partis. Dans la campagne électorale qui vient de s’achever, le Parti travailliste s’est cependant différencier du gouvernement sortant sur deux points, ce qui semble avoir joué en sa faveur auprès de l’électorat : la ratification du Protocole de Kyoto et le retrait progressif des troupes déployées en Irak.
A propos de Kyoto, le Premier ministre élu a entrepris de participer à la Conférence de Bali. De façon plus générale, il a décrit le changement climatique comme « le grand défi moral, économique et environnemental de notre génération. Etant donné sa dimension mondiale intrinsèque, c’est aussi le grand défi diplomatique… Je veux aussi devenir Premier ministre parce que je veux être au premier plan des négociations internationales sur le prochain cycle de Kyoto, pour que le prochain traité soit conçu du mieux possible pour produire de vrais résultats, non pas seulement des résultats australiens, mais de vrais résultats pour le monde entier ».
En ce qui concerne l’Irak, le Premier ministre prévoit de retirer progressivement 500 soldats de combat, mais y laissera 1 000 soldats ayant un rôle de soutien. Le retrait se fera en consultation avec les alliés de l’Australie : les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le gouvernement irakien. Les forces de combat australiennes resteront en Irak jusqu’à la fin de la rotation actuelle, puis effectueront une rotation de six mois supplémentaires en consultation avec les Etats-Unis et les Irakiens.
Nous attendons les déclarations de M. Rudd sur les autres questions, mais je pense que la continuité sera de mise dans la plupart des domaines. Par exemple, en ce qui concerne l’Afghanistan, le nouveau Premier ministre s’est engagé à maintenir le déploiement actuel de l’Armée fédérale australienne, afin de soutenir le gouvernement afghan et d’aider à la destruction d’Al-Qaida.
Au sujet de nos relations avec les Etats-Unis, qui un pilier fondamental de la politique extérieure, militaire et stratégique de l’Australie, Kevin Rudd n’a laissé aucun doute quant à la fermeté de son engagement en faveur de notre alliance centrale avec les Etats-Unis et du maintien de relations fortes et étroites. Il a annoncé qu’une visite aux Etats-Unis en 2008 serait une priorité. Le Président américain George Bush fut parmi les premiers dirigeants à féliciter M. Rudd pour sa victoire électorale, et a dit qu’il « attendait avec intérêt de travailler avec ce nouveau gouvernement pour poursuivre notre relation historique ».
Je ne m’attends pas non plus à de grands changements concernant les relations-clés de l’Australie en Asie et dans le Pacifique, une priorité pour notre pays. Le Président indonésien fut le premier à appeler M. Rudd pour le féliciter. Les Premiers ministres de Nouvelle-Zélande et du Royaume-Uni, tous deux de la même tendance politique que le Parti travailliste australien, ont aussi rapidement appelé M. Rudd.
Dans le domaine de la politique de défense, le Parti travailliste a publié un document important intitulé « Labor’s plans for Defence », qui indique que la défense et la sécurité de l’Australie sont LA priorité des travaillistes. Tout en annonçant qu’il commanderait un nouveau Livre Blanc sur la Défense (le dernier rapport complet date de 2000), le Parti travailliste a indiqué que sa stratégie serait basée sur trois piliers : l’alliance « fondamentale » de l’Australie avec les Etats-Unis, sa participation active aux Nations Unies et son engagement régional total. Le Livre Blanc aborderait des questions telles que la capacité de l’armée fédérale australienne à déployer un plus grand nombre d’unités plus rapidement, à se déployer dans des délais plus brefs et à maintenir des opérations plus longtemps.
Qu’en est-il de la France, des relations franco-australiennes ?
Nos relations sont bonnes et vont croissant, mais elles pourraient se porter encore mieux avec davantage d’attention au niveau politique, dans les deux sens.
Jamais un Président français ne s’est rendu en Australie.
Aucun Ministre des Affaires étrangères français n’est venu depuis plus de 24 ans. Même si l’on tient compte de la distance géographique entre nous, ce n’est tout simplement pas normal, étant donné nos poids respectifs dans le monde, que ce soit dans le secteur économique ou politique.
Tout ceci ne reflète pas nos intérêts communs dans le Pacifique, où l’Australie joue un rôle majeur.
Cela ne cadre pas avec les valeurs que nous partageons, notre coopération et notre dialogue sur les questions et les enjeux internationaux importants, comme le terrorisme, la maîtrise des armements, l’Antarctique, la pêche illégale et la sûreté maritime.
Cela ne répond pas aux intérêts de nos entreprises : 350 sociétés françaises sont implantées en Australie et investissent des milliards dans l’économie australienne, faisant de la France le 6e plus grand investisseur étranger en Australie.
Cela ne répond pas aux intérêts des jeunes français qui pensent de plus en plus à l’Australie pour étudier et apprendre l’anglais (environ 2000 en 2006, soit une hausse de 21 % par rapport à l’année précédente). Nous sommes au troisième rang des destinations internationales anglophones pour les études, derrière les Etats-Unis et le Royaume-Uni.
Cela ne répond pas aux envies des touristes français, qui sont toujours plus nombreux à faire le voyage jusqu’en Australie, malgré la distance ! (plus de 67 000 Français ont visité l’Australie en 2006, une hausse de presque 6 % sur un an)
En disant cela, j’accepte tout à fait que nos deux pays aient d’autres priorités. Je suggère uniquement que, dans l’environnement mondialisé et compétitif qui est le nôtre, ce monde dans lequel le centre de gravité se déplace vers la région Asie-Pacifique où se situe l’Australie, si bien positionnée, alors que les questions d’énergie et d’environnement suscitent tant d’attention dans nos deux pays et sur la scène internationale, accroître nos efforts pour une meilleure interaction politique et économique entre nos deux pays pourrait être bénéfique. Nous reconnaissons, et apprécions, la voix et le rôle caractéristique de la France dans les affaires européennes, régionales et internationales. Je voudrais que la France voie l’Australie de la même façon. Le Premier ministre australien élu a fait campagne avec le slogan « New leadership. Fresh ideas » (une nouvelle équipe, des idées neuves). La France ayant elle aussi une nouvelle équipe à sa tête, il me semble (étant moi-même quelqu’un qui accorde beaucoup d’importance à la qualité des échanges et de la compréhension entre nos deux pays) que ce serait le bon moment pour regarder nos relations sous un jour nouveau et rechercher de nouvelles idées pour travailler davantage avec l’Australie et ses partenaires dans la région Asie-Pacifique.
Je vous remercie pour votre attention. Je serais heureuse de répondre à vos questions, même si, vous le comprendrez, vu que des bulletins de vote sont encore en train d’être dépouillés dans certaines circonscriptions et que le nouveau gouvernement n’est pas encore entré en fonction, il y aura des limites aux réponses que je pourrai vous donner sur certains sujets politiques.