Ambassade d'Australie
France
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'Au nom de la qualité' - Colloque de la Société Française d'Economie Rurale

Table ronde: «La différence de perception et de définition de la qualité au niveau international »
Clermont-Ferrand

Octobre 2005

Ce document présente un projet de discours de Jeff Roach, Conseiller chargé des affaires politiques et publiques au sein de l'Ambassade d'Australie à Paris. Du fait de changements survenus à la dernière minute dans l'organisation du colloque, les propos contenus dans ce projet de discours furent utilisés pendant les discussions qui ont pris place au cours de la table ronde avec des membres d'organisations agricoles françaises et internationales.

 


 

Je vous remercie pour cette occasion qui m'est donnée de présenter un point de vue australien à cette importante conférence relative aux perceptions, aux définitions et aux approches politiques de la qualité dans le domaine de l'agriculture internationale.

Comme nous l'avons entendu ce matin, il s'agit d'une question essentielle, presque une énigme. Ainsi que les remarques de fonds concernant cette conférence le soulignent, ce sujet relève à la fois de la politique agricole, de la stratégie commerciale, et des éléments psychologiques intangibles du marketing. C'est un thème stimulant, et je félicite les organisateurs de la conférence pour cette idée et pour l'ambition dont ils ont fait preuve en préparant ce séminaire. L'INRA et l'ENITA ont depuis longtemps acquis une excellente réputation quant à leur engagement en faveur de la recherche agricole, en collaboration avec le Ministère de l'Agriculture et avec son soutien. Je remercie sincèrement le comité d'organisation et leurs agences respectives pour cette conférence.

Si l'on regarde les fondements économiques, juridiques et sociaux de ce concept que l'on appelle 'qualité', on a peut-être trop facilement le sentiment que les défis contemporains auxquels nous sommes confrontés, avec la modernisation et la mondialisation, sont insurmontables. Je dirais même que, dans le domaine de l'agriculture en particulier, il peut y avoir une tendance à croire que les forces du changement sont uniformément menaçantes, et qu'elles préfigurent le pire pour les agronomes. Je sais, grâce à des discussions que j'ai eu ici même, en France, avec des agriculteurs et les groupes qui les représentent, que cette sensation est présente en de nombreux endroits.

Bien que je sois sensible aux inquiétudes des agriculteurs français, je ne suis pas d'accord pour dire que les changements, tels qu'ils sont actuellement orientés, sont négatifs. Même si le débat contemporain à propos de la 'qualité' peut paraître hautement complexe et décourageant (parce que structuré autour de questions telles que le codex alimentarius, les systèmes sanitaires et phytosanitaires, et de nouvelles discussions comme celles sur les indications géographiques), les perspectives pour ceux qui considèrent que la 'qualité' est importante et précieuse, et je pense qu'il ne s'agit pas là d'une élite mais de nous tous, sont optimistes et prometteuses.

Commençons par les bonnes nouvelles. Le système international est le témoin d'un mouvement sans précédent qui tend vers une plus grande prospérité à travers le monde. En raison de la proximité entre l'Europe et les régions les plus pauvres d'Afrique, cette affirmation peut sembler contestable. Mais, du point de vue de l'Asie Pacifique, région où vivent les deux tiers, oui, les deux tiers, de la population pauvre de ce monde, les vingt dernières années ont vu une amélioration sans précédent des niveaux de revenu. Les mutations profondes de l'économie chinoise, notamment le passage d'une base agraire à une base industrielle, sortent littéralement des millions et des millions de personnes du cercle vicieux de la pauvreté rurale. L'Inde et le Sud-est de l'Asie connaissent d'ailleurs une tendance identique.

Ce changement sismique des niveaux de vie est essentiel, car, au coeur du débat sur la 'qualité' se trouve le concept simple du 'choix' ; la possibilité, certains diraient le luxe, de pouvoir choisir un produit de qualité plus cher, qui procure un plus grand bonheur que de choisir, à cause de l'écrasante pauvreté, le produit le moins cher. Pour faire simple, plus il y aura de personnes dans le monde qui auront les moyens de choisir, plus les perspectives des fabricants de produits de qualité seront bonnes. Ceci n'est pas une généralisation banale ; cela arrive et des exportateurs prospères de l'agriculture française surfent sur cette vague. Je soulignerai, par exemple, le très grand intérêt que portent les meilleurs producteurs de vin français à l'accession actuelle du Vietnam à l'OMC, au vu de l'augmentation des niveaux de revenus et de la croissance rapide de la population dans un pays qui compte déjà plus de 80 millions de personnes.

Le moyen le plus rapide et le plus efficace de renforcer cette mutation vers le 'luxe du choix' est d'ouvrir davantage le commerce international des produits agricoles. La Banque mondiale a estimé qu'ouvrir totalement le commerce international et abolir les subventions agricoles accroîtrait le revenu mondial de 150 milliards d'euros par an, et sortirait de la pauvreté 140 milliards de personnes à travers le monde d'ici à 2015. Fondamentalement, si nous souhaitons sérieusement prendre en compte la place de la qualité dans l'agriculture, nous devons alors reconnaître que nous parlons de qualité et de liberté de choix pour tous, pas seulement pour le monde développé tel qu'il existe aujourd'hui.

Il est un contre argument que j'entends souvent et auquel je voudrais m'attaquer sans détour. Le raisonnement est le suivant : le libre échange dans le secteur agricole est l'ennemi de la qualité car il provoque une baisse continue des prix, et la qualité en est la première victime. C'est un argument fallacieux, et l'expérience australienne dans le domaine agricole le démontre.

Voici quarante ans, après la Seconde guerre mondiale, la production agricole australienne était ancrée dans un cycle coût modiques/bas prix/gros volume. A cette époque, nous pouvions produire de la bonne qualité, des produits agricoles peu coûteux, et il n'y avait pas de volonté de changer les méthodes de production, encourager une meilleure organisation agricole, modifier les approches politiques ou développer des stratégies marketing tournées vers l'avenir.

Néanmoins, certains événements ont modifié cette situation et, dans les années 1960, beaucoup d'agriculteurs australiens ont été confrontés à quelques-uns des défis que nous abordons aujourd'hui. Parmi ces événements, on peut notamment noter deux phénomènes :

Premièrement, l'émergence de la Communauté Economique Européenne en 1958. Avec des produits australiens subissant soudainement des tarifs douaniers pouvant aller jusqu'à 150 % sur certains produits, la question de la compétitivité des prix et des coûts ne se posait même plus. Notre accès au marché européen et la demande pour nos produits se sont évanouis. Naturellement, l'avènement de la CEE a eu pour conséquence de pousser les exportateurs australiens vers d'autres marchés, principalement les Etats-Unis et l'Asie, mais cela nous a également appris une importante leçon quant au fait de trop compter sur la compétitivité des prix pour protéger notre part de marché. Nous avions besoin de développer les aspects immatériels de notre produit, d'accroître la qualité et d'élaborer des stratégies marketing.

Le second phénomène a été l'augmentation, encore et toujours, du nombre d'agriculteurs beaucoup plus efficaces et aux coûts bien moins élevés que l'Australie ne le sera jamais. Je pense ici au Brésil, mais aussi à d'autres pays, où les coûts de la main d'oeuvre et la taille des exploitations agricoles relèvent d'une autre catégorie. L'Australie accepte la réalité de ce scénario sans amertume, et nous travaillons étroitement avec le Brésil, au sein du Groupe de Cairns qui réunit des négociants agricoles 'équitables', pour faire part de nos inquiétudes communes au sujet de la protection internationale de l'agriculture. Mais nous avons également agit, ou sommes en train de le faire, à propos d'un éventail de produits agricoles à bas prix que nous ne pouvons tout simplement pas concurrencer.

Pour faire face à ces deux défis, notre mise à la porte de l'Europe et la concurrence accrue des producteurs à faible coût, nous avons fait appel à notre intelligence. Les agriculteurs australiens ont réorienté les techniques de production, développé des stratégies commerciales fondées sur une segmentation réfléchie du marché et, sur les marchés de grande valeur, comme les exportations de bœuf persillé au Japon, ou le fil à tisser de haute qualité pour les tailleurs italiens, ils ont nourri et cultivé une réputation basée sur la 'qualité' et le sérieux.

Au niveau gouvernemental, les politiques suivies visent à encourager les agronomes à mettre l'accent sur la qualité. L'Organisation pour la recherche scientifique et industrielle du Commonwealth (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation, CSIRO), qui, d'ailleurs, est un proche collaborateur de l'INRA et est présente en France, à Montpellier, joue un rôle important. Au sein de la CSIRO, nous avons élaboré un groupe de recherche, appelé Food Science Australia, qui travaille sur des thèmes dont la finalité est l'amélioration de la qualité de l'agro-industrie australienne.

La portée du travail de Food Science Australia est impressionnante et véritablement holistique . Le groupe examine des questions telles que les matériaux d'emballages qui permettent à la fois d'assurer la sécurité alimentaire et d'améliorer les possibilités de commercialisation du produit. En d'autres termes, comment conserver des produits alimentaires exportés frais et en bonne condition quand le marché se situe à plus de
6 000 kilomètres ou à 20 heures de vol ? Au sein de la CSIRO, une autre activité de Food Science Australia consiste à surveiller étroitement et à collecter des données concernant l'émergence de demandes pour des aliments nouveaux et inédits, afin que la production puisse anticiper correctement ces demandes des consommateurs.

Un dernier aspect de l'activité de Food Science Australia que je souhaiterais mentionner est le travail de ses scientifiques sensoriels qui étudient les réactions des sens humains (la vue, l'odorat, le goût, le toucher et l'ouïe) aux caractéristiques du produit. En rassemblant les informations fournies par les consommateurs, les scientifiques sensoriels vont directement comprendre quelles sont les qualités qui, dans un aliment, importent le plus aux consommateurs. Enfin, procurer le plus grand plaisir en mangeant sera un facteur clé pour une industrie agroalimentaire concurrentielle, et connaître les caractéristiques sensorielles des aliments sera fondamental pour comprendre les préférences alimentaires.

Un autre aspect des efforts de l'Australie repose sur son système de quarantaine. Parce que l'Australie est une île, de nombreuses maladies communes dans le reste du monde, comme par exemple la rage, ne l'ont pas touchée. Etant donné notre réputation de pays producteur d'aliments de qualité, il est important que nous nous protégions de manière adéquate contre les risques de maladies venant de l'étranger. Comme l'Europe l'a appris de ses récentes expériences avec l'ESB, et au vu des inquiétudes actuelles concernant la grippe aviaire, ce souci de sécurité alimentaire a des conséquences importantes sur la réputation d'un pays quant à la qualité de ces produits. Le système australien de quarantaine est rigoureusement fondé sur des évaluations scientifiques minutieuses, et est conforme aux règles de l'OMC. C'est également un élément important de notre capacité à assurer au monde la qualité de nos produits.

En plus d'autoriser les procédés de quarantaine correctement administrés, le système commercial multilatéral dispose d'autres outils pour encourager la qualité. Dans le cadre de l'OMC, les ADPIC, ou Accords sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce, fournissent un fondement juridique aux sociétés pour construire leur réputation et investir en toute confiance, sachant que leurs marques et droits de propriété intellectuelle sont protégés.

Ces dernières années, l'Union Européenne a tenté d'introduire un nouvel agenda pour des discussions multilatérales sur la question des 'indications géographiques' ou IG. Les deux arguments les plus difficiles à propos des IG tournent autour des demandes européennes visant à étendre à tous les autres produits la protection plus élevée dont bénéficient actuellement les IG des vins et spiritueux. De plus, dans le cadre des négociations agricoles, l'UE demande les droits exclusifs pour l'utilisation de 41 dénominations de produits sur ce que l'on appelle la liste de 'récupération' ('clawback' list).

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