Ambassade d'Australie
France
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INTERVENTION DE S.E. MME PENELOPE WENSLEY AO
AMBASSADEUR D’AUSTRALIE EN FRANCE

“Les paris économiques du développement durable”

Quatrième Forum Mondial du Développement Durable
Paris, le 6 décembre 2006

 


 

Monsieur le Président,
Honorables invités,
Mesdames et Messieurs,

Merci pour votre invitation à participer, pour la deuxième année consécutive, au Forum Mondial du Développement Durable.

J’apprécie vivement l’opportunité de contribuer à cette discussion sur les paris économiques du développement durable, et de porter une perspective Australienne à vos délibérations.

Même si il y a des similarités entre l’Australie et la France, entre nos deux sociétés—y compris un fort attachement de plus en plus profond parmi nos peuples respectifs pour la protection et conservation de notre environnement et un engagement politique partagé de poursuivre le développement durable- notre situation économique et géographique, notre démographie, notre climat, notre biodiversité, nos ressources naturelles sont très différentes- et nous mènent inévitablement à poursuivre des voies, des approches et des politiques un peu différentes des vôtres.

On m’a demandé de parler de la politique australienne du développement durable et de citer quelques exemples pratiques d’approches innovatrices.

Avant de le faire, laissez moi rappeler quelques faits et chiffres et vous donner un bref aperçu de l’Australie, afin que vous ayez une meilleure idée de notre réalité, point de départ pour les décideurs de nos politiques.

Nous sommes un pays, une île, un continent qui ne ressemble à aucun autre ; nous sommes le continent habité le plus ancien, le plus plat et le plus aride.

La biodiversité de l’Australie est immense. Nous sommes un des pays au monde (17 au total) classé comme ‘mega-diverse’”—qui ont des écosystèmes d’une variété et d’une richesse exceptionnelles - notre pays possède 10% de la biodiversité mondiale. On trouve en Australie plus de plantes et fleurs endémiques que partout ailleurs dans le monde ; un grand pourcentage - 80%- de nos animaux (mammifères, marsupiaux, reptiles, arachnides, insectes) nous sont uniques.

Nous sommes dotés de ressources naturelles abondantes : pétrole, gaz, charbon, uranium, minerais, qui sont la base de notre prospérité depuis une longue période et qui ont toujours une importance fondamentale pour notre économie.

Notre économie est une des plus dynamiques, performantes et compétitives des pays industrialisés avec une productivité et croissance élevées —nous sommes dans notre quinzième année consécutive de croissance économique constante, un faible taux d’inflation, moins de 5% de chômage et aucune dette publique.

La dernière étude publiée sur l’Australie par l’OCDE, le 28 novembre dernier, prévoit que notre croissance économique va s’accélérer sur les deux prochaines années. Elle prédit une augmentation du PIB de 2,6% en 2006, 3% en 2007 pour atteindre 3,4% en 2008.

Nous sommes très avancés dans les domaines de la technologie, des sciences, et de la recherche. L’innovation scientifique et technologique est un des moteurs de notre croissance économique. C’est une clef de notre politique du développement durable.

Notre population approche les 21 millions – et une grande partie vit sur nos côtes, dans nos grandes villes. C’est un paradoxe, mais en dépit de nos espaces, notre terrain gigantesque -le sixième pays du monde en superficie- nous sommes le pays le plus urbanisé du monde.

Notre superficie, les vastes distances entre nos villes, nos centres de population imposent d’énormes défis dans le domaine des transports - un aspect des mobilités qui seront abordées à ce forum. Et finalement notre économie est une économie qui est ‘energy-insentive’. Nous sommes un pays exportateur d’énergie, surtout de charbon et de gaz. Nous avons des réserves énormes des deux. Nous avons 40% des réserves mondiales d’uranium. Nous n’avons pas l’énergie nucléaire – mais un débat est en cours en Australie sur ce sujet.

Voila pour les faits essentiels---avec cette brève vue d’ensemble, j’espère que vous comprendrez mieux quels sont les paris économiques pour l’Australie dans la mise en place d’une politique du développement durable compatible avec notre réalité.

C‘est évident qu’une approche diversifiée est nécessaire -à travers un ensemble complet de politiques qui réponde aux besoins économiques, sociaux et écologiques du pays.

Une stratégie nationale pour un développement écologiquement durable a été approuvée par tous les gouvernements australiens en 1992. ‘national strategy for ecologically sustainable development’ (nous sommes un système fédéral).

Cette stratégie établit des orientations générales et un cadre pour aider les gouvernements à diriger les politiques et les prises de décisions. Elle insiste sur le fait que les processus de prise de décision doivent effectivement intégrer des réflexions sur le court et le long terme, ainsi que des considérations économiques, écologiques et sociales. Cette stratégie intervient dans de nombreux domaines-clés où il faut agir, identifiés dans l’agenda 21.

Pour l’Australie, la mise en oeuvre du développement durable relève principalement de prises de décisions conformes aux bonnes pratiques, c’est-à-dire qui prennent en compte tous les coûts et bénéfices prévisibles.

Nous considérons aussi que la stabilité politique, une gouvernance politique et institutionnelle efficace, ainsi qu’un environnement politique propice à la croissance sont des éléments essentiels pour attirer les investissements permettant d’atteindre un développement durable.

Définir une politique est une chose, sa mise en œuvre en est une autre. Trois choses nous paraissent particulièrement importantes :

a) Mobilisation de nos ressources intellectuelles et technologiques pour mieux comprendre les conséquences de nos actes, et mettre en place davantage de pratiques durables ;

b) Il est crucial de faire participer le secteur privé pour stimuler l’innovation et les investissements ;

c) Se baser sur les données scientifiques.

Une approche scientifique et technologique est essentielle. Il faut éviter les approches trop simplistes - étudier la gamme d’options technologiques, identifier quelles sont les plus appropriées, mesurer les impacts et tenir compte des conséquences économiques et environnementales qui peuvent survenir en raison de l’utilisation de technologies spécifiques. …. Les gouvernements doivent pouvoir prendre leurs décisions en se basant sur une comparaison scientifique et stratégique des différents moyens de lutte envisageables.
Ils doivent peser tous les coûts et bénéfices prévisibles afin d’identifier en premier la meilleure marche à suivre.

Évidemment, c’est complexe - le travail est lourd et cher, les choix difficiles. Quelque chose qui, au premier regard, paraît évident, n’est pas forcement une bonne approche.
Je vous donne un exemple :
Si l’utilisation de sources d’énergie renouvelable peut réduire les émissions de gaz à effet de serre, nous devons quand même examiner les autres impacts écologiques qui peuvent en découler : la généralisation de l’exploitation des cultures vivrières pour la production de biocarburants pourrait amenuiser les ressources mondiales de terres arables et d’eau douce nécessaires pour la production de nourriture.

C’est juste un exemple pour illustrer mon point, mais il amène deux grandes questions - le problème du changement climatique et le besoin de réduire les émissions de gaz à effet de serre ; et le problème de l’eau.

Et c’est par rapport à ces deux questions d’importance globale que j’ai voulu répondre, suite aux demandes que l’on m’a fait de citer quelques exemples des approches innovatrices de l’Australie.

Étant donné le temps limité, j’en présente seulement trois :

Le premier c’est le progrès fait par les chercheurs australiens dans la lutte contre les gaz à effet de serre. Les chercheurs australiens progressent nettement dans la course pour réduire les gaz à effet de serre. Parmi les plus récents progrès, il y a la turbine hybride, au charbon et au gaz, qui utilise une nouvelle technologie révolutionnaire pour produire de l’énergie à partir de déchets des mines de charbon. Cette technologie est capable de réduire de manière substantielle les gaz à effet de serre et de permettre aux entreprises minières qui exploitent des mines de charbon de faire d’énormes économies. Le système fonctionne en exploitant les technologies qui existent dans un système de turbine hybride à charbon et à gaz qui brûle les déchets de charbon et le méthane pour produire de l’électricité.

L’énergie peut ensuite être utilisée sur le site pour faire fonctionner l’exploitation minière, ou être renvoyée sur le réseau pour la consommation générale. La turbine a été créée par l’institut national de recherches scientifiques de l’Australie, le CSIRO (the Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation) en collaboration avec le programme de recherche de l’association australienne du charbon, le service de développement de l’énergie durable du gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud, et la société de turbines Liquatech qui est installée a Brisbane.

Le deuxième exemple est le progrès que l’Australie a fait dans le domaine de la technologie à faibles émissions :
Le gouvernement vient d’allouer 500 millions de dollars australiens au fonds dédié à de telles technologies – (low emissions demonstration funds (ledf)
Il a annoncé récemment une subvention de 60 millions de dollars australiens pour le projet Gorgon gas mis en place par chevron. Cette subvention de 60 millions aidera le plus grand projet mondial de géo-séquestration de carbone, à Barrow Island, au large des côtes de l’Australie occidentale. Ce projet aura pour but de capturer le dioxyde de carbone provenant des nappes de gaz situées à Gorgon et le réinjecter à grande profondeur afin de diminuer jusqu'à trois millions de tonnes par an les émissions de carbone.

A ce sujet, le directeur du centre de recherche sur le dioxyde de carbone, le docteur Petra Cook, a dit qu’avec le niveau actuel de connaissances scientifiques, l’Australie pourrait capturer et séquestrer 40% des émissions de carbone dans les quinze années à venir, à condition que les incitations soient à la hauteur. Le même centre de recherche a constaté que la topographie de l’Australie se prête parfaitement à la séquestration des émissions de carbone capturé. C'est à dire la géo-séquestration. On dit que deux compagnies australiennes devraient être prêtes à lancer des projets importants dans ce domaine.

Le troisième exemple se rapporte à la politique de l’eau. Dans ce secteur, l’Australie - qui, je vous rappelle est le continent habité le plus aride - est le premier pays à mettre en place des marchés de l’eau, pour garantir l’utilisation rentable et efficace de nos faibles ressources en eau douce.

Un des aspects fondamentaux de cette politique est de s’assurer que le taux de puisage des ressources en eau n’excède pas le taux de régénération, et que suffisamment d’eau est disponible pour maintenir en bon état les systèmes fluviaux et le patrimoine écologique de l’Australie.

Conclusion
Pour conclure, je voudrais souligner plusieurs points :
L’engagement de l’Australie au développement durable est ferme. Notre approche est pratique, réaliste et positive. Nous rejetons l’idée qu’il faut choisir entre la croissance de la productivité, le niveau de vie et le maintien d’un environnement de qualité pour cette génération et celles à venir.

Nous attachons une importance primordiale à la science et la technologie

Nous rejetons une approche qui applique une taille, solution unique a des situations diverses, et nous insistons sur le fait que les politiques et les pratiques de développement durable dépendent des conditions locales. Chaque pays est le mieux placé pour identifier ses propres politiques et mettre en œuvre les mesures qui correspondent le mieux à leur situation économique, sociale et écologique.

Tout ceux qui s’intéressent à la protection de notre environnement et au développement durable connaissent la phrase :
“think global-act local” (penser au niveau mondial – agir au niveau local)
Pour l’Australie, l’action locale et globale - la réponse aux paris économiques du développement durable exige une interprétation plus nuancée et plus pratique. Une plus grande reconnaissance des besoins locaux, tout aussi bien pour les pays développés que ceux en voie de développement. Un effort commun et un plus grand engagement dans la science et la technologie nous donnera de grandes chances d’aboutir à un développement durable à tous les niveau et les secteurs et dans tous les pays.
Merci pour votre attention.