Ambassade d'Australie
France
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DISCOURS PAR S.E. Mme PENELOPE WENSLEY AO
Ambassadeur d'australie en france

Réception marquant l'arrivée du roquefort en Australie

Mercredi 26 octobre 2005
Ambassade d'Australie, Paris

 


 Mesdames, Messieurs, distingués invités, chers amis

Je suis très heureuse que nous soyons tous réunis à l'Ambassade d'Australie en France pour célébrer le début des exportations de roquefort en Australie.

Nous arrivons ce soir au bout d'un long chemin, un chemin bien connu par plusieurs de nos invités (y compris, et je suis particulièrement contente qu'il soit ici, M. Louis-Michel Morris, ancien Conseiller commercial de France en Australie).

Le travail qui a permis d'achever les modifications du Code des normes alimentaires (Food Standards Code) s'est, des deux côtés, av éré intensif. Je voudrais tout particulièrement remercier les personnes qui, au sein du gouvernement français, ont travaillé dur pour atteindre cet objectif, notamment :

le personnel de la Direction Générale de l'Alimentation du Ministère de l'Agriculture
et les producteurs de roquefort eux-mêmes, qui ont eu la gentillesse de se joindre à nous ce soir et ne sont d'ailleurs pas venus les mains vides !

L'Australie est heureuse que le dossier soit clos. Cette affaire montre que l'Australie et la France peuvent coopérer sur l'agriculture. Pour nous, il s'agit d'ouvrir les marchés internationaux (ici, le nôtre) afin que les consommateurs australiens puissent bénéficier d'échanges plus libres pour les produits agricoles.

Cette décision a été prise malgré la très grande inquiétude exprimée par notre industrie fromagère nationale qui en ressentira l'impact.

Ces deux dernières semaines, nous avons pu voir, à Genève et à Zurich, que des discussions houleuses avaient lieu sur ces thèmes. L'Australie est profondément déçue par la position de la France qui, selon nous, va à l'encontre des intérêts de la communauté internationale, de l'Europe, de la France et des
97 % de travailleurs français qui ne sont pas agriculteurs.

Je sais que nous pourrions discuter longuement de ce sujet et de ces chiffres : j'ai lu la lettre ouverte cette semaine qui parlait du fait que 15 % des travailleurs français sont associés au secteur agricole. Mais je ne veux pas entrer dans un débat politique ce soir ; notre but est d'avoir une soirée tout à fait agréable, de montrer que c'est bien possible, pour nos deux pays, avec effort et volonté des deux côtés, de s'entendre sur des sujets difficiles, et surtout de célébrer ensemble cette réussite et l'entrée de ce fromage ‘magique' en Australie. Je reviendrai sur ce mot ‘magique' dans un instant.

Au cours de ces dernières semaines de débat, nous avons également assisté à de nombreuses discussions int éressantes concernant des questions plus générales de culture et d'histoire. Je voudrais, très brièvement, partager avec vous un petit bout d'histoire australienne.

Après la première guerre mondiale, les soldats australiens ayant combattu en France sont retournés en Australie (en laissant derrière eux 46 000 compatriotes morts en protégeant la France). A leur retour, le gouvernement au pouvoir a établi un programme leur offrant la possibilité de commencer une nouvelle vie.

Avec ce programme, des hectares de terres non cultivées ont été attribuées aux agriculteurs sur les bords de la Murray River pour y développer des exploitations . Aujourd'hui, ce sont, pour la plupart, leurs petits-enfants et leurs arrières petits-enfants qui continuent à travailler ces terres, où des fruits et du vin sont désormais produits en abondance. Cette région ne reçoit aucune aide gouvernementale significative mais est très compétitive.

Ce soir, nous dégustons des vins australiens provenant, entre autre, de cette région, et dont les origines et l'histoire remontent aux champs de bataille français. Nous sommes fiers de la réussite des agriculteurs devenus viticulteurs qui ont posé les bases de l'industrie viticole australienne contemporaine, une industrie qui a su attirer les investisseurs français en grand nombre.

Après cette excursion dans l'histoire de l'Australie, je voudrais revenir en France pour en finir. J'ai aussi fait des recherches sur l'histoire et sur la légende du roquefort. J'ai bien apprécié la jolie histoire du berger du Causse qui aperçut un jour une belle fille perchée au loin dans les couleurs du crépuscule. Ce berger a abandonné ses animaux et son repas, laissant ce dernier dans une petite grotte à l'abri de la chaleur.

Pour ceux parmi vous qui ne connaissent pas la suite : il est rentré, sans la fille quelques jours plus tard ; il a retrouvé son caillé de brebis recouvert de moisissures ; il était inquiet, mais il avait faim et malgré son inquiétude a décidé d'y goûter ; il découvrit que c'était délicieux !

Le miracle du roquefort s'est produit !

J'ai suivi les couloirs de l'histoire depuis cette découverte, et ai appris que, au cours des siècles, plusieurs grandes célébrités avaient découvert pour eux-mêmes le goût et les qualités exceptionnelles du roquefort…Parmi eux, l'Erudite Pline l'Ancien, Charlemagne et le célèbre Casanova.

Ce dernier confessait volontiers que, parmi les multiples plaisirs de l'existence, il y en avait un avant tout : un met extraordinaire pourvu de propriétés ‘quasi-magiques'. Il décrivait le roquefort comme un fromage capable « de restaurer l'amour ou de porter à maturité un amour naissant ».

Je ne peux pas garantir les effets de votre consommation de ce fromage fabuleux ce soir dans votre vie personnelle. J'espère néanmoins que nous pourrions ensemble garder l'espoir de voir les relations franco-australiennes atteindre leur pleine maturité.

Je porte un toast au roquefort, au vin australien, à notre coopération, surtout dans le domaine agricole, et à notre amitié.