Ambassade d'Australie
France
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PRESENTATION PAR S.E. PENELOPE WENSLEY AO
AMBASSADEUR D’AUSTRALIE EN FRANCE

DEJEUNER D’AFFAIRES ABIE-UBIFRANCE
LA RELATION COMMERCIALE ENTRE LA FRANCE ET L’AUSTRALIE : UN NOUVEL ELAN

(15 MIN)
Salons d’UBIFRANCE
Paris, Le 23 février 2006  (Première partie)


Monsieur le Directeur Général d’UBIFRANCE
Monsieur le Président d’ABIE
Mesdames, Messieurs, honorables invités,

C’est un grand plaisir pour moi d’être présente aujourd’hui à ce déjeuner d’affaires, au siège d’UBIFRANCE.

UBIFRANCE est considérée comme un modèle d’excellence au service des français qui souhaitent exporter aux quatre coins du monde. L’Australie est l’une de ces destinations.

Un pays loin de la France, loin de l’Europe…
Mais un pays qui mérite de recevoir plus d’attention des Français, du monde des affaires français, étant donné notre position clé au sein de l’effervescente région Asie-Pacifique, nos liens étroits - je dirais même uniques – économiques et politiques, avec les pays principaux de cette région et notre économie hautement performante.

Les performances de l’économie australienne
Je veux prendre ce dernier atout, les performances de l’économie australienne, impressionnantes en toutes mesures, comme point de départ.

Les chiffres peuvent paraître monotones, mais, comme un de nos Ministres des Finances bien connu, Paul Keating, a dit dans une phrase devenue célèbre, les chiffres peuvent être « beaux »
(« A BEAUTIFUL SET OF NUMBERS »)… je dirais même séduisants.

L’Australie a bénéficié de 14 années de croissance ininterrompue. Entre septembre 2004 et septembre 2005, la croissance annuelle a été de 2,6 % ; depuis 1998, la croissance moyenne du PIB réel australien est de 3,7 % par an. Les perspectives de croissance sont optimistes, et l’OCDE prévoit une croissance de 3,2 % en 2006, et de 3,6 % en 2007. Les experts prévoient que notre croissance continuera à un rythme plus soutenu que la plupart des économies de l’OCDE (2,8 %)

Les autres indicateurs économiques clés sont également au beau fixe : le taux de chômage est inférieur à 5 %, une gestion financière prudente a réduit la dette publique nette à seulement 0,6 % du PIB, (réduite de 10 % en 1996) et les taux d’intérêt et d’inflation sont à des niveaux historiquement bas (inflation : 2,5 %).Les bénéfices de cette performance ont été partagés équitablement, avec une hausse des salaires réels de 14 % au cours de la dernière décennie.(cf 4 % en France)

Pour employer une autre phrase très célèbre, l’Australie est souvent vue comme « The Lucky Country » (le pays veinard).
Néanmoins, nos résultats économiques n’ont pas été obtenus par chance, ou en un coup de baguette magique ; ils sont le fruit d’une longue période de réformes économiques soutenues. Ces réformes ont quelquefois été controversées : des décisions courageuses, comme les réductions unilatérales des tarifs douaniers, ont parfois donné naissance aux récits les plus funestes, annonçant la destruction de secteurs entiers et la dévastation de certaines communautés locales. Cependant, avec un ensemble de mesures d’ajustement structurel, les communautés touchées ont d’abord été soutenues ; puis elles sont devenues les bénéficiaires de ces réformes nationales créatrices de revenus. Ces réformes, qui ont débuté dans les années 1980, ont construit les bases de la croissance économique australienne, en réduisant les tarifs douaniers, en équilibrant les budgets, en accroissant la flexibilité sur le marché du travail, et en allégeant les formalités administratives afin que les entreprises, surtout les petites et les moyennes, prospèrent. En dix ans, nous sommes passé du 15e au 4e rang de l’Indice de compétitivité mondiale (World Competitiveness Index).
(L’Indice de la compétitivité établi par le Forum Economique Mondial (WEF de Davos), classe la France 30ème et l’Australie 10ème.)

Ces réformes majeures ont donné naissance à une économie aujourd’hui bien équipée pour réagir rapidement aux tendances et aux pressions internationales. Pour les quatre dernières années consécutives, nous sommes classés comme l’économie la plus résistante au monde.
Ainsi, 70 % de nos produits agricoles, 80 % de nos ressources et
18 % de nos produits industriels sont exportés vers des marchés étrangers.

Parallèlement, l’Australie est une économie en transformation. Si nous pouvions auparavant être décrits comme une ferme géante et une grande mine, aujourd’hui notre économie repose sur des bases plus solides et nettement plus diverses, avec d’importants secteurs de l’industrie, des services et des technologies. Actuellement, les services représentent un peu moins de 80 % de l’activité économique, et 4 actifs australiens sur 5 travaillent dans ce domaine. Au cours de la dernière décennie, les exportations australiennes de services ont, en moyenne, connu une hausse de presque 6 % par an.

L’Australie, une destination qui attire les investisseurs
Grâce à ces performances économiques, l’Australie s’est forgée une excellente réputation en tant que destination pour les investissements étrangers. Plusieurs études illustrent d’ailleurs ce point. En 2005, le guide de la compétitivité mondiale (World Competitiveness Yearbook) a classé l’Australie au premier rang des économies les plus flexibles du monde, et ce pour la quatrième année consécutive.

Selon l’un des principaux indices de confiance IDE, en 2004, l’Australie est passée du dix-neuvième au septième rang des destinations d’investissement préférées. Les flux d’investissement réels confirment les conclusions de ces rapports. En 2004, l’Australie était le deuxième plus gros récepteur d’investissements directs étrangers (IDE) dans la région Asie-Pacifique, après la Chine.

Pourquoi les investisseurs se tournent-ils vers nous ? Eh bien, le principal organisme du gouvernement australien en charge de la promotion des investissements, Invest Australia (présent en France et parmi nous aujourd’hui en la personne de M. Jean-Baptiste Nithart), a identifié quelques raisons principales de notre succès, l’attrait de notre réussite économique mis à part.

Tout d’abord, notre stabilité politique.
Deuxièmement, notre efficacité ; l’Australie figure parmi les six premiers pays où les décisions gouvernementales sont les plus efficacement mises en œuvres, bien devant la plupart des autres pays développés, y compris les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Canada. Notre cadre réglementaire est ouvert et efficace : c’est en Australie qu’il est le plus facile de créer une entreprise, les procédures administratives ne prenant pas plus de deux jours. En général, les investissements étrangers n’ont pas besoin d’être approuvés, et, si une autorisation est requise, elle a, par le passé, été accordée dans 98 % des cas. (Les secteurs dits sensibles sont les médias, le secteur bancaire, les concessions minières, le transport aérien, l’immobilier en zone urbaine)

L’Australie présente un autre atout de poids en matière d’investissement, celui d’être une plateforme ou un tremplin pour les entreprises souhaitant développer leurs intérêts économiques dans la région Asie-Pacifique. De par sa situation géographique unique, l’Australie ouvre les portes de l’Asie aux sociétés, et, de plus, sert de pont entre les fuseaux horaires américains et européens.

L’avantage stratégique que constitue notre fuseau horaire est particulièrement important pour les entreprises : situés dans le fuseau horaire asiatique, nous complétons le cycle de 24 heures. Notre situation permet aux entreprises de « suivre le soleil » et de toujours être opérationnelles.

Pour ceux qui souhaitent s’installer dans la région Asie-Pacifique, l’Australie apparaît comme une destination très compétitive. La location de bureaux dans le quartier d’affaires de Sydney, qui est régulièrement classée parmi les villes les plus agréables du monde, coûte 70 % de moins qu’à Tokyo, et 50 % de moins qu’à Hong Kong.

Notre main d’œuvre est également un atout :
Le système éducatif australien occupe la troisième place au niveau mondial en termes de la réponse aux besoins d’une économie concurrentielle. La qualité de la formation à part, notre main d’œuvre est la plus polyglotte de la région Asie-Pacifique. Les Australiens sont originaires de plus de 200 pays, et quelque 3 millions d’entre eux, soit 15 % du total de la population qui compte 21 millions d’habitants, parlent une autre langue que l’anglais (y compris des langues asiatiques comme le chinois, le japonais, l’indonésien).

Enfin, nous sommes fortement engagés en faveur de l’innovation, et nos excellentes infrastructures de Recherche &Développement attirent les plus grandes entreprises internationales de développement de la biotechnologie, de la nanotechnologie et de logiciels. L’Australie est classée parmi les six pays les plus développés en termes de recherche de base visant à assurer un développement économique à long terme.

Certains investisseurs français sont conscients de tous ces avantages, et le montant de leurs IDE en Australie approche les 5 milliards d’euros (petite note historique : la première banque étrangère en Australie fut la BNP Paribas, qui s’est installée il y a plus de 140 ans, en 1881-Je sais qu’il y a des représentants de la banque, descendants, dans un sens, de ces pionniers, parmi nous aujourd’hui, et je les remercie pour leur présence et leur fidélité !).

Depuis, l’Australie a accueilli des centaines de sociétés françaises importantes, dont Alcatel, Thales, AXA, Vivendi, Véolia, Transdev, Alstom, Suez, Accor Hotels et Pernod Ricard. (ici encore un petit commentaire : parmi les vins que vous buvez aujourd’hui, par exemple, le Greenpoint Pinot noir et Brut méthode traditionnelle, sont des vins de LV/ Pernod Ricard, produits en Australie ; partenariat parfait entre la France et le nouveau monde. Merci aussi à LV/Pernod Ricard).
Plusieurs de ces entreprises ont d’ailleurs choisi d’établir leur siège régional dans notre pays (plus de 840 entreprises multinationales ont leur siége régional en Australie). (La presse française annonçait hier les nouvelles d’une acquisition importante dans la région, par le bureau Asie-Pacifique d’AXA, réalisée par leur base en Australie).

Aujourd’hui, plus de 300 filiales ou entreprises d’origine française sont installées en Australie ; elles emploient environ 80 000 personnes et leur chiffre d’affaires annuel tourne autour de 12 milliards d’euros. La France est 7ème en importance pour les investissements.

Commerce et investissement bilatéraux : réussites et objectifs australiens en France
Si l’histoire des investissements français en Australie ressemble au Fabuleux destin d’Amélie Poulain, on ne peut pas en dire de même des investissements australiens en France et de la relation commerciale entre nos deux pays. Bien que les échanges commerciaux entre la France et l’Australie aient connu une hausse dans les années 1990, l’état actuel des relations commerciales entre nos deux pays est, selon moi, décevant, étant donné la complémentarité de nos économies, leur poids et leur importance respective dans nos régions et dans le monde.
Une autre déception pour moi (mais pas pour les Français ici présents) est que la balance commerciale penche lourdement en faveur de la France. En 2004-2005, les exportations françaises de biens et de services vers l’Australie ont atteint les 3,1 milliards d’euros, contre 860 millions d’euros pour les exportations australiennes vers la France. Cela représente un déficit de 2,2 milliards d’euros pour l’Australie.

Plusieurs facteurs expliquent ce déséquilibre commercial. Tout d’abord, les entreprises françaises du secteur de la défense ont su se faire une place de choix sur le marché australien. Ainsi, en 2001, l’Australie décidait d’acheter 22 hélicoptères Tigre à la société Eurocopter, implantée en France. Une commande de 12 Tigres supplémentaires a été passée depuis.

Ce point positif pour les exportations françaises contraste avec la situation négative que connaît l’Australie dans un secteur économique clé, l’agriculture, où l’Australie n’a pas accès aux marchés européens. Bien que nous soyons l’un des producteurs agricoles les plus efficaces du monde entier, et que les produits australiens pourraient satisfaire des besoins évidents sur le marché français, surtout hors saison, les portes sont presque entièrement fermées.

En conséquence, le total des exportations agricoles françaises vers l’Australie dépasse celui des exportations australiennes ; et le potentiel pour les principaux produits d’exportation australiens (laitages, sucre et viande) reste limité.

Les autres facteurs expliquant les flux relativement faibles entre la France et l’Australie sont ce que j’appelle « la proximité et la perception ». Le monde des affaires australien est naturellement plus porté sur notre région ; et ceux qui s’intéressent à l’Europe ne se tournent pas facilement vers la France. Pour les sociétés australiennes, le marché britannique semble plus abordable, et non seulement en raison de la langue. En même temps, les entreprises françaises – et ici je parle surtout des petites et des moyennes - sont tournées vers l’Europe, ce qui est tout à fait compréhensible, et la majorité ne songe que depuis peu à investir dans notre région. Naturellement, la Chine fait l’objet d’une attention plus soutenue, mais, généralement, les marchés asiatiques et les opportunités qu’ils représentent me semblent (et mes collègues les Ambassadeurs d’Asie sont tous d’accord) avoir suscité, jusqu’à aujourd’hui, moins d’intérêt que ce qu’ils méritent.

C’est à la France de définir l’activité française en Asie (la visite cette semaine de M. le Président Chirac en Inde et en Thaïlande marque un bon pas en avant), mais encourager les exportateurs australiens à regarder la France de plus près est un défi et un travail mutuel. Je vous assure que c’est une de mes priorités.

Nous – c’est-à-dire l’Ambassade et Austrade - constatons qu’il existe, en France, des opportunités importantes pour l’Australie, notamment dans les secteurs alimentaire (les fruits de mer et certains marchés de niches tels que les produits gastronomiques et exotiques, ou encore les produits biodynamiques) et viticole. L’organisme australien de promotion des exportations, Austrade, (et je salue aussi la présence parmi nous de notre Ministre Commercial, récemment arrivée en France, Mme Kirsten Sayers) s’efforce de promouvoir plus particulièrement, sur le plan commercial, la mode, la musique et l’art aborigène. L’ouverture en juin prochain du Musée du Quai Branly des arts premiers renforcera les efforts, déjà très importants, investis dans la promotion de l’art aborigène australien. Notre ambition dépasse le rayonnement de notre culture : il s’agit de vendre davantage d’œuvres aux collectionneurs français d’art.

Un autre domaine dans lequel nos produits sont compétitifs est le marché des technologies informatiques et de communication – un marché encore plus important car la France occupe le quatrième rang mondial dans ce domaine.

Nous donnons également la priorité au secteur des services. Là encore, nos échanges sont actuellement trop peu développés, mais le potentiel de croissance est considérable. Même si les échanges de services ont augmenté en moyenne de 10 % par an au cours des 5 dernières années, et qu’ils ont franchi la barre des 600 millions d’euros, nous partons de loin et je suis convaincue que nous pouvons faire beaucoup mieux.  Suite et fin